Le Conseil des ministres gabonais, réuni ce 12 août 2025 sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, a adopté un projet d’ordonnance majeur accordant une amnistie générale aux auteurs, coauteurs et complices, civils et militaires, des événements politiques qui ont secoué le pays entre le 29 août et le 4 septembre 2023, ainsi que pour les faits liés à la tentative de coup d’État du 7 janvier 2019. Cette décision historique, prise en application des articles 99 et 170 de la Constitution gabonaise, apparaît comme un acte politique fort visant à apaiser les tensions et à favoriser la réconciliation nationale après plusieurs années de turbulence.
L’amnistie couvre une large palette d’infractions liées aux troubles précités, incluant des infractions de droit commun ainsi que des actes portant atteinte à la sûreté intérieure ou extérieure de l’État. Le dispositif va même jusqu’à inclure les fautes disciplinaires ou professionnelles associées à ces événements, témoignant d’une volonté globale d’effacer le passé conflictuel.
Cependant, elle exclut clairement les infractions économiques, les violations graves des droits de l’homme, ainsi que toute infraction étrangère aux événements des crises évoquées. Cette exclusion manifeste un équilibre délicat entre volonté de pardon et préservation de la justice pour les crimes les plus graves.
Les effets de l’amnistie sont lourds de conséquences juridiques et humaines. Elle entraîne l’extinction de l’action publique, c’est-à-dire l’arrêt de toutes poursuites judiciaires, l’effacement des condamnations, la cessation des peines et incapacités qui en découlent, ainsi que la libération des personnes encore détenues pour ces faits.
Par ailleurs, cette ordonnance interdit toute mention résiduelle dans les dossiers administratifs ou judiciaires, permettant une réhabilitation complète des bénéficiaires, pour qu’ils puissent reprendre une vie normale dans la société gabonaise.
Au-delà de ses implications juridiques, ce texte symbolise une volonté claire du gouvernement et du président Oligui Nguema de tourner définitivement la page des crises successives qu’a traversées le Gabon ces dernières années, notamment la tentative de coup d’État de 2019 menée par le lieutenant Kelly Ondo Obiang, et le putsch de 2023 qui a conduit à la prise du pouvoir par le Comité de Transition sous la direction du même général Oligui Nguema.
Cette amnistie s’inscrit dans une démarche proactive de réconciliation nationale et de pacification du climat politique. Elle vise à favoriser une cohabitation pacifique, intégrer les acteurs passés du conflit dans la vie publique et sécuriser la stabilité politique indispensable pour le développement économique et social du Gabon.
Si cette amnistie peut être saluée comme un geste de sagesse politique, elle soulève aussi des attentes fortes. La société civile et les victimes des violations graves des droits humains attendent que soient justement poursuivis les responsables de ces graves crimes, préservant ainsi la mémoire et la justice.
De fait, l’équilibre entre pardon et justice sera un défi permanent, d’autant que le Gabon se trouve dans une phase cruciale de consolidation démocratique et économique sous la Ve République.
Cette ordonnance du 12 août 2025 marque un tournant politique clair dans le Gabon post-crise. Elle ouvre une voie vers un avenir apaisé, mais en appelle à une gestion rigoureuse pour combiner amnistie politique et respect des droits fondamentaux, condition sine qua non de la stabilité durable du pays.
