Libreville – Vendredi 3 octobre, la Présidence gabonaise a servi de cadre à un rappel à l’ordre sans ambiguïté. Brice Clotaire Oligui Nguema, chef de l’État et président de la Transition, a convoqué les responsables des régies financières pour leur adresser un message clair : les lenteurs administratives, les dérives budgétaires et les pratiques opaques doivent cesser. Une date butoir a été fixée : décembre 2025, délai maximal pour la digitalisation complète et l’interconnexion des régies financières avec la Présidence.
Dans un ton direct, le président a exprimé son impatience face aux retards accumulés dans la mise en œuvre de cette réforme stratégique. « Comment restaurer et développer notre économie, et par la même occasion lutter contre la vie chère, si cette opération reste à la traîne ? », a-t-il lancé, d’un ton ferme, dès l’ouverture des échanges.
Une volonté de rupture
Depuis son arrivée au pouvoir le 30 août 2023, Brice Oligui Nguema a fait de la discipline budgétaire l’un des piliers de son action politique. Si plusieurs chantiers de réforme ont été engagés, il apparaît que la résistance au changement reste forte dans certaines administrations. D’où cette convocation inédite à la Présidence, qui sonne comme un avertissement.
Le chef de l’État a pointé du doigt plusieurs dysfonctionnements : faible recouvrement des recettes malgré les mesures prises, surfacturations récurrentes dans les infrastructures, rétrocommissions indues, loyers administratifs jugés excessifs, et même des dépenses doublées entre le Trésor public et le CTRI. Une mécanique qui, selon lui, alimente les déficits et mine la relance économique.
Un plan d’action ferme
Face à ce constat, Oligui Nguema a détaillé une série d’instructions destinées à assainir la gestion des finances publiques. Il exige :
La révision de toutes les ordonnances de paiement afin d’imposer le « juste prix » et d’éliminer les pratiques inflationnistes ;
Un croisement systématique des fichiers de règlements et de dépenses avec ceux du CTRI, pour traquer les doublons ;
Des audits ciblés : des baux administratifs et des dépenses engagées entre 2020 et septembre 2023 ;
L’intégration stricte des charges réelles dans la loi de finances 2026, pour mettre fin à la sous-budgétisation ;
L’obligation pour les compagnies minières et pétrolières d’ouvrir un compte bancaire domicilié au Gabon, afin d’assurer une meilleure traçabilité des recettes.
Mais la mesure la plus symbolique reste sans doute la digitalisation complète des régies financières – Direction générale des Douanes, Impôts, Trésor public –, avec une interconnexion en temps réel à la Présidence. L’échéance est ferme : décembre 2025.
Une ambition assumée
Cette sortie publique témoigne d’un resserrement du calendrier de réformes à mesure que s’approche l’échéance présidentielle de 2026. Brice Oligui Nguema entend visiblement renforcer sa légitimité à travers une gouvernance plus rigoureuse, plus transparente, et résolument tournée vers la performance.
Dans un contexte où la pression populaire reste vive sur les questions de vie chère, de justice sociale et de lutte contre la corruption, ce rappel à l’ordre présidentiel se veut un signal fort. Le temps de la tolérance est passé. Place désormais à l’obligation de résultats.
Une chose est sûre : le président de la Transition veut inscrire son action dans une rupture nette avec les pratiques du passé. Et il entend le faire savoir.

