Port-Gentil change de température économique. En lançant la première production des Aciéries du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema ouvre un nouveau front dans sa bataille pour la transformation locale. Portée par FOBERD, l’unité doit permettre au pays de produire une partie de son acier sur place et de récupérer une fraction de la valeur longtemps abandonnée aux importations.
La particularité du projet réside dans son approvisionnement. L’usine ne part pas de minerai brut, mais de rebuts ferreux issus de ferrailles et de déchets métalliques collectés. Fondus à très haute température, ces matériaux sont progressivement transformés en barres d’acier susceptibles d’alimenter les besoins du bâtiment et des travaux de construction.
Ce modèle pourrait faire émerger une économie périphérique aussi stratégique que l’activité principale. Collecteurs, transporteurs, logisticiens, techniciens de maintenance, distributeurs et sous-traitants sont appelés à intervenir tout au long de la chaîne. Pour les autorités, l’enjeu est de convertir l’industrie lourde en moteur de PME, de compétences techniques et d’emplois destinés notamment aux jeunes Gabonais.
Sur le plan politique, la séquence permet à Brice Oligui Nguema d’incarner son discours sur la souveraineté économique par une réalisation visible. Produire de l’acier localement revient à s’attaquer à la facture des importations, à sécuriser certains approvisionnements et à densifier un tissu industriel encore limité. Le défi sera désormais de garantir la compétitivité, la qualité et la continuité de la production.
L’ambition dépasse, à terme, les frontières gabonaises. Une fois le marché intérieur servi, Libreville envisage des débouchés dans la sous-région, où les besoins en matériaux de construction accompagnent l’urbanisation et les grands chantiers. En transformant la ferraille en acier à Port-Gentil, le Gabon veut démontrer qu’il peut exporter autre chose que des matières premières : une production industrielle issue de son propre territoire.
