Au Gabon , une révolution feutrée mais décisive s’opère sous l’impulsion de Brice Oligui Nguema. Loin des éclats d’annonces spectaculaires, le président de la Transition gabonaise déploie une stratégie d’une rare lucidité : transformer l’une des dernières enclaves militaires françaises d’Afrique en un sanctuaire de compétence gabonaise. Le camp De Gaulle, jadis bastion de l’empreinte hexagonale, devient désormais l’incarnation d’une souveraineté recouvrée et assumée, une fabrique d’élites militaires au service du Gabon et de l’Afrique centrale.
La fin d’une présence tutélaire
Pendant près d’un demi-siècle, le 6e Bataillon d’infanterie de marine a incarné la permanence française sur le sol gabonais, reflet d’un passé postcolonial jamais tout à fait révolu. À son apogée, il abritait plus d’un millier de militaires français, installés avec familles et logistique, dans un environnement qui relevait plus de l’enclave que du partenariat. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 200, réduits à des fonctions consultatives et pédagogiques. Une mutation voulue, méthodique et négociée, fruit d’un dialogue stratégique entre Libreville et Paris, orchestré avec habileté par Brice Oligui Nguema.
« Il n’y aura plus de blindés, de chars français ici à Libreville, mais il y aura des instructeurs », a-t-il déclaré avec aplomb sur les ondes de RFI. Par cette phrase, apparemment anodine, le chef de l’État consacre la primauté de la souveraineté nationale sur toute logique de dépendance militaire. Il ne s’agit pas de rompre, mais de rééquilibrer, de passer d’une présence subie à une coopération choisie.
Une reconversion stratégique au service de l’autodétermination
Le changement d’appellation du site – désormais « Académie militaire » – n’est pas une simple opération cosmétique. Il traduit une volonté politique de reconfiguration identitaire et fonctionnelle. À la place d’une base étrangère, naît un pôle de formation militaire autonome, intégré dans une vision prospective des enjeux de sécurité, d’environnement et de souveraineté en Afrique centrale.
Deux institutions phares témoignent de cette métamorphose :
• L’École d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL), destinée à former une élite militaire gabonaise compétente, disciplinée et enracinée dans les réalités locales ;
• L’Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles (Apern), qui anticipe les conflits futurs liés à l’exploitation illicite, au changement climatique et aux défis écologiques.
Ce double ancrage – sécuritaire et environnemental – confère au camp une nouvelle vocation : celle d’un incubateur stratégique régional, où se forgeront les futurs cadres militaires de l’Afrique centrale.
Coopération repensée, souveraineté consolidée
En réduisant la voilure française sans rompre le dialogue, Brice Oligui Nguema impose une nouvelle dialectique des relations bilatérales, fondée non plus sur l’assistanat mais sur la transmission. La France, loin d’être évincée, conserve un rôle d’appui, mais sous tutelle gabonaise. « Tout le panel de savoir-faire des armées françaises peut être déplacé ici », confie le colonel Jacqmin, désormais simple chef de corps dans un camp qu’il ne commande plus.
Cette transition en douceur, à la fois habile et ambitieuse, confère au Gabon une stature nouvelle sur l’échiquier géopolitique régional. Ce n’est plus un simple allié logistique. C’est un acteur structurant de la sécurité régionale, qui s’érige en modèle de reconfiguration des rapports postcoloniaux.
Brice Oligui Nguema, stratège d’un nouvel ordre
Par cette initiative, le président gabonais s’inscrit dans la lignée des chefs d’État visionnaires capables d’anticiper les mutations du monde, d’agencer l’autonomie sans hostilité, et de faire de la réforme une matrice de puissance.
Le camp De Gaulle n’est plus une projection d’influence étrangère. Il est le manifeste d’un Gabon qui ne quémande plus, mais qui construit, forme, rayonne.
En s’attaquant avec méthode à l’un des symboles les plus sensibles de la présence étrangère, Brice Oligui Nguema imprime une direction, une philosophie, un dessein : faire de la souveraineté non plus un slogan, mais une praxis quotidienne.
Et dans le silence rigoureux des académies militaires naissantes, c’est tout un continent qui entend peut-être, pour la première fois, le son clair d’une indépendance réinventée.
