Lors d’une rencontre officielle avec le Haut-Commissaire du Royaume-Uni, le président de la transition gabonaise a abordé la question du retour de l’ancienne Première dame et de son fils, actuellement à Londres, en vue de leur procès à Libreville.

Ce 7 octobre, au Palais du Bord de Mer, à Libreville, le président de la transition gabonaise, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu en audience Simon Day, Haut-Commissaire du Royaume-Uni. Officiellement, les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération bilatérale, les investissements britanniques au Gabon, ainsi que la participation du pays à la prochaine Conférence des Nations unies sur le climat (COP30), prévue en novembre à Belém, au Brésil.

Mais selon des sources diplomatiques concordantes, un dossier plus sensible a été abordé en marge de la rencontre : celui de Sylvia Bongo Ondimba, veuve de l’ex-président Ali Bongo Ondimba, et de leur fils Noureddin Bongo Valentin, tous deux actuellement en séjour à Londres, officiellement pour raisons de santé.

Retour exigé pour le procès

Incarcérés à Libreville après le coup d’État du 30 août 2023, Sylvia Bongo et son fils sont poursuivis pour des faits présumés de détournement de fonds publics, blanchiment et enrichissement illicite. Ils ont quitté le Gabon dans le cadre d’une évacuation sanitaire autorisée, mais leur présence est attendue pour un procès prévu en novembre prochain.

Selon nos informations, le président gabonais a rappelé à son interlocuteur que la coopération judiciaire entre les deux pays devrait permettre de garantir leur retour à Libreville, au nom du principe de redevabilité devant les juridictions nationales. « S’ils ont quitté le territoire pour raisons médicales, cela ne peut en aucun cas être interprété comme une échappatoire judiciaire », précise un haut responsable gabonais sous couvert d’anonymat.

Des déclarations jugées diffamatoires

Autre point de tension : les récentes prises de parole de Sylvia Bongo et de son fils depuis leur installation à Londres. Des déclarations jugées diffamatoires par Libreville, qui les accuse de « manipuler l’opinion internationale » et de « salir l’image du chef de l’État ».

Ces propos, relayés dans certains médias et réseaux proches du clan Bongo, mettent directement en cause le Général Oligui Nguema, l’accusant d’acharnement judiciaire et de dérive autoritaire. Des accusations rejetées en bloc par le gouvernement gabonais, qui y voit une stratégie de défense politique visant à s’attirer la sympathie internationale.

Le président de la transition a exprimé sa préoccupation au diplomate britannique, estimant que ces sorties médiatiques étaient « incompatibles avec le climat de coopération et de respect mutuel entre les deux pays ».

Vers une coopération judiciaire renforcée ?

De son côté, Simon Day aurait assuré que le Royaume-Uni reste attaché à ses engagements internationaux en matière de justice et de diplomatie. Des discussions seraient en cours à Londres concernant les implications de ce dossier, notamment si Sylvia Bongo et son fils refusaient de se présenter à la justice gabonaise.

Un procès hautement symbolique

Depuis la prise du pouvoir par les militaires en août 2023, la lutte contre la corruption est présentée comme une priorité du gouvernement de transition. Le procès de Sylvia Bongo et de Noureddin Bongo est ainsi considéré comme un test de crédibilité pour les nouvelles autorités, tant sur le plan national qu’international.

Dans ce contexte, la question de leur retour au Gabon revêt une dimension hautement politique, au-delà des seuls enjeux judiciaires. Pour Libreville, l’image d’un État capable de juger ses anciens dirigeants dans un cadre légal et transparent est un enjeu stratégique.

Reste à savoir si Londres coopérera activement à cette volonté gabonaise de rendre justice, ou si le dossier risque de se transformer en contentieux diplomatique à plus long terme.

Share.

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

En savoir plus sur L'observateur en ligne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Exit mobile version