À Libreville, le procès très attendu de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Valentin Bongo pourrait se tenir sans les principaux accusés. Leur avocat, Pierre-Olivier Sur, a annoncé qu’ils ne se rendront pas à l’audience prévue le 10 novembre. En cause, selon lui : un “procès spectacle”. Une déclaration qui relance le débat sur la nature du dossier et sur la volonté réelle de l’ex-première dame et de son fils de faire face à la justice gabonaise.
Depuis le changement de régime survenu en août 2023, la justice gabonaise a engagé une série d’enquêtes contre plusieurs figures de l’ancien pouvoir. Sylvia Bongo et son fils sont accusés de détournements massifs de fonds publics, à hauteur de plus de 3 000 milliards de francs CFA, selon les autorités. Une partie de ces avoirs – environ 300 milliards – a déjà été saisie sur des comptes bancaires au Gabon.
Des convocations ignorées, une défense contestée
Malgré deux convocations de la justice, les accusés ont refusé de se présenter devant les juges, préférant rester à Londres, où ils résident depuis qu’ils ont été autorisés à quitter le Gabon pour raisons médicales.
Cette autorisation avait été accordée par la justice gabonaise elle-même, ce que rappelle le camp gouvernemental pour réfuter l’argument d’un procès politique. “Comment peut-on parler de persécution judiciaire lorsque la justice elle-même a permis leur départ du territoire ?”, interroge un proche du dossier.
Un appel à la coopération internationale
Pour Libreville, ce refus de comparaître est interprété comme une tentative d’échapper à un dossier “accablant”. Les autorités gabonaises estiment que le Royaume-Uni doit désormais coopérer avec la justice gabonaise et éviter de devenir un refuge pour des personnes accusées de crimes économiques. “Ces pays doivent montrer l’exemple, pour ne pas donner le sentiment qu’ils protègent ceux qui ont pillé les ressources du continent”, affirme une source gouvernementale.
À travers cette affaire, c’est aussi l’image de la nouvelle gouvernance gabonaise qui est en jeu. Le pouvoir actuel affirme vouloir rompre avec l’impunité du passé et reconstruire une relation de confiance entre les citoyens et les institutions, notamment judiciaires.
En l’absence de Sylvia Bongo et de Noureddin Bongo à l’audience, la justice pourrait être amenée à statuer par défaut, voire à émettre des mandats de comparution ou d’arrêt internationaux. Pour l’heure, aucune réaction officielle du parquet n’a été communiquée.
