Le temps des engagements vagues semble révolu. À Nairobi, en marge du sommet Africa Forward Summit 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema a imposé à Eramet une séquence diplomatique et industrielle hautement stratégique autour d’un sujet devenu central pour Libreville : transformer localement le manganèse gabonais et mettre fin à une logique historique d’exportation brute des ressources nationales.

Derrière les images feutrées de cette bilatérale avec Christel Bories, se joue en réalité un rapport de force économique assumé par les autorités gabonaises. Depuis plusieurs mois, Libreville défend une doctrine claire : le Gabon ne veut plus être seulement une terre d’extraction, mais un territoire de transformation, de création de valeur et d’intégration industrielle. Une orientation déjà évoquée lors de la visite d’Emmanuel Macron à Libreville en novembre 2025, mais qui entre désormais dans une phase de mise en œuvre concrète et contrôlée.

À l’issue de l’entretien, la déclaration de Christel Bories a pris une portée politique majeure. « Il y aura de la transformation de minerai de manganèse au Gabon », a-t-elle affirmé publiquement, ajoutant qu’Compagnie Minière de l’Ogooué et Eramet travaillent « d’arrache-pied » sur le sujet. Plus significatif encore, la dirigeante française a insisté sur le fait que « le calendrier » et « les intentions » étaient désormais clairement établis avec le chef de l’État gabonais. Une sortie qui traduit moins une simple coopération qu’un alignement progressif du géant minier sur les nouvelles exigences stratégiques de Libreville.

Dans cette architecture industrielle, le Complexe métallurgique de Moanda devient un maillon central. Déjà implanté au Gabon depuis plusieurs années, Eramet dispose d’une antériorité industrielle qui facilite désormais l’accélération du processus de transformation locale. Mais le pouvoir gabonais veut aller plus loin : il ne s’agit plus uniquement de produire du minerai ou des alliages, mais de bâtir une véritable chaîne de valeur intégrée capable de connecter le Gabon aux marchés mondiaux de la sidérurgie et des métaux transformés. Cette logique suppose non seulement des capacités industrielles accrues, mais aussi une maîtrise des débouchés commerciaux internationaux.

C’est dans cette perspective que le dossier du Transgabonais a occupé une place stratégique à Nairobi. Une nouvelle phase de financement des travaux de modernisation du réseau ferroviaire a été confirmée durant les échanges. Pour Christel Bories, cette infrastructure est « absolument vitale pour le Gabon et pour son économie ». Le rail devient ainsi le pilier logistique de la future ambition industrielle gabonaise. En filigrane, la méthode Oligui Nguema se précise : suivi politique permanent, pression sur les partenaires historiques et transformation progressive du modèle économique national autour de trois priorités — industrialiser localement, intégrer les chaînes mondiales de valeur et renforcer la souveraineté économique du Gabon.

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