Le message était limpide : Libreville ne veut plus regarder l’Afrique depuis la marge. À Nairobi, en marge du sommet Africa Forward 2026, la rencontre entre Brice Clotaire Oligui Nguema et William Samoei Ruto a pris les allures d’une démonstration diplomatique soigneusement orchestrée. Après son échange remarqué avec Emmanuel Macron, le président gabonais a voulu montrer qu’il entend désormais inscrire le Gabon au cœur des nouvelles dynamiques africaines.
Organisé les 11 et 12 mai à Nairobi par le Kenya et la France, Africa Forward 2026 réunit plusieurs dirigeants autour des enjeux de croissance, d’innovation et de coopération. Mais pour Brice Oligui Nguema, ce rendez-vous international dépasse le simple cadre économique. Le chef de l’État gabonais utilise cette plateforme comme une vitrine politique destinée à repositionner Libreville sur l’échiquier continental après des années de relative discrétion diplomatique.
Face à William Ruto, le président gabonais a défendu une vision panafricaine du développement, portée par une conviction : « L’Afrique doit être perçue comme un continent d’opportunités, d’innovation et de transformation ». Cette ligne résume la doctrine développée par Libreville depuis l’investiture présidentielle de mai 2025. Le Gabon veut désormais multiplier les partenariats stratégiques intra-africains et sortir d’une dépendance excessive à ses alliances traditionnelles.
Sur le plan économique, Brice Oligui Nguema a réaffirmé les deux piliers de sa politique : la transformation locale des ressources naturelles et la promotion de partenariats « mutuellement bénéfiques ». Une manière de rompre avec le modèle de rente fondé sur l’exportation brute des matières premières. Devant son homologue kényan, le président gabonais a insisté sur la nécessité de construire des coopérations fondées sur le transfert de compétences, la création de valeur locale et la complémentarité économique entre États africains.
La rencontre a également débouché sur des perspectives concrètes. Séduit par « la rigueur, la qualité et les performances » du système éducatif kényan, Brice Oligui Nguema souhaite renforcer les coopérations universitaires Sud-Sud et diversifier les destinations académiques des étudiants gabonais. Les deux chefs d’État ont mandaté leurs équipes techniques pour travailler à un accord de coopération bilatérale. Mais surtout, Libreville a officiellement sollicité le soutien de Nairobi pour accueillir le 9e Sommet de coordination de l’Union africaine en 2027. Une ambition hautement symbolique, cinquante ans après le sommet historique de l’OUA organisé dans la capitale gabonaise en 1977, que le pouvoir entend soutenir grâce à ses nouvelles infrastructures diplomatiques, notamment le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba inauguré le 3 mai dernier.

