À Libreville, le changement de doctrine budgétaire commence à produire ses premiers effets en matière de crédibilité. Sous Brice Oligui Nguema, le Gabon a choisi de revoir à la baisse une partie de ses ambitions financières pour 2026 plutôt que de maintenir des objectifs difficilement atteignables. Une stratégie dont Fitch Ratings a pris acte dans son analyse du 10 août, estimant que la loi de finances rectificative promulguée quelques semaines auparavant renforce la crédibilité des prévisions gouvernementales.
Le mouvement est spectaculaire : –23 % sur les recettes anticipées et –45 % sur les dépenses d’investissement par rapport au budget initial. Ces chiffres témoignent de l’ampleur de la correction engagée. Le gouvernement reconnaît ainsi la nécessité d’aligner davantage son programme financier sur les capacités réelles de l’économie gabonaise. Pour les marchés comme pour les partenaires multilatéraux, cette prudence peut être interprétée comme un signal de maturité : annoncer moins, mais exécuter davantage.
Au cœur de cette nouvelle séquence figure Thierry Minko, ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations. Son défi consiste à transformer les ambitions de la présidence en une programmation financière soutenable. Brice Oligui Nguema conserve en effet un agenda économique particulièrement chargé, notamment en matière d’infrastructures et de modernisation du pays. La réduction des enveloppes ne signifie donc pas nécessairement l’abandon des priorités, mais impose une hiérarchisation plus stricte des projets et une meilleure maîtrise du calendrier d’investissement.
La partie reste toutefois loin d’être gagnée. Avec un déficit attendu par Fitch à 6,7 % du PIB en 2026, le Gabon demeure sous contrainte. La dette, le coût des financements et la capacité de l’administration à exécuter correctement les dépenses constitueront les prochains indicateurs scrutés. Mais pour Brice Oligui Nguema, cette première validation est politiquement et financièrement utile : Libreville montre qu’il est capable de corriger sa trajectoire lorsque les hypothèses ne correspondent plus aux réalités économiques.

