La route est devenue, jeudi 27 août, le décor d’une mise en scène politique inhabituelle du pouvoir gabonais. Pour rejoindre Makokou depuis Ngouoni, Brice Oligui Nguema n’a pas choisi la rapidité d’un appareil présidentiel, mais près de dix heures de trajet automobile entre le Haut-Ogooué et l’Ogooué-Ivindo. L’épisode, rare par sa durée pour un président gabonais en exercice, intervient à trois jours de la Fête de la Libération, rendez-vous commémoratif majeur du pouvoir issu des événements du 30 août 2023.
Ce choix logistique s’est progressivement mué en exercice de proximité. Le cortège a traversé plusieurs localités avant de rejoindre Makokou à la tombée de la journée. À Otala, Ngoma, Makebe, Zolende, Okondja et dans d’autres villages situés sur l’itinéraire, le président a interrompu son déplacement afin d’échanger avec les habitants. Les haltes ont donné à ce long trajet l’allure d’une tournée présidentielle improvisée, au cours de laquelle les préoccupations locales ont pris le pas sur le protocole traditionnel.
Il y a, derrière l’image du chef de l’État sur les routes, une volonté de rapprocher symboliquement la présidence des réalités territoriales. En parcourant des axes utilisés au quotidien par les populations, Brice Oligui Nguema se confronte directement aux difficultés liées aux distances, à l’entretien des infrastructures et à l’accès parfois inégal aux services essentiels. Cette dimension est d’autant plus significative que les écarts de développement entre Libreville, les grandes villes provinciales et certaines zones rurales demeurent au cœur des attentes adressées à l’État.
La portée politique du déplacement tient aussi à sa durée. Près de dix heures de route pour un président de la République constituent un format peu commun dans la pratique institutionnelle gabonaise contemporaine. Là où un déplacement aérien aurait considérablement réduit le temps de voyage, l’option terrestre donne au parcours une valeur de message. Le pouvoir entend montrer un président disposé à traverser le territoire plutôt qu’à simplement relier les capitales provinciales, et à utiliser le temps long du voyage pour multiplier les contacts avec ceux qui vivent loin du centre politique.
À Makokou, où doivent se dérouler les festivités du 30 août, cette traversée pourrait rester comme l’une des images fortes de cette édition de la Fête de la Libération. Avant même les discours et les cérémonies, Brice Oligui Nguema a installé une narration : celle d’un chef de l’État qui veut associer présence physique, connaissance du terrain et exercice du pouvoir. Reste désormais à savoir comment les constats effectués le long de cette route se traduiront en décisions concrètes pour les territoires traversés.
